viernes, 1 de noviembre de 2013

Túnez vive una serie de atentados terroristas que deterioran la frágil situación política y social.


Túnez. Los lugares turísticos, nuevos blancos de los terroristas.

Para el periodista Hedi Yahmed, los atentados de Sousse y Monastir tienen que ser clasificados en una nueva fase de terrorismo en el país: la utilización de células dormidas.

Hedi Yahmed, redactor en jefe de Hakaekonlin.com y especialista en los grupos jihadistas tunecinos, vuelve a hablar sobre el atentado suicida perpetrado en Sousse el miércoles 30 de octubre, y el otro, desbaratado el mismo día, en Monastir. Para él, estos ataques son la continuación lógica de acciones precedentes de los grupos terroristas en el país.

Es, una excepción, la primera vez que un atentado es perpetrado en Túnez contra un blanco turístico. ¿Cómo explica esta evolución del terrorismo en el país?

- Lo que pasó ayer en Sousse y Monastir, para nosotros los observadores de los movimientos jihadistas en Túnez, era bastante previsible, para no decir previsto. Hay una progresión de los escenarios terroristas. Sabemos que los grupos terroristas comenzaron a actuar en las regiones montañosas en la frontera argelina. Luego hubo unos asesinatos dirigidos contra los líderes políticos como Chokri Belaïd y Mohamed Brahmi. Luego hubo una ofensiva armada en la región del monte Chaambi que empujó a los grupos terroristas a hacer reaccionar las células dormidas en las ciudades. Podemos tomar como ejemplo lo que pasó el 18 de octubre en Goubellat o incluso en Sidi Ali Ben Aoun. Y ahora estamos en la fase de utilización de las células dormidas en las ciudades y las tentativas de atentado en Sousse y Monastir tienen que ser clasificadas en esta categoría. Estos ataques se dirigen evidentemente contra civiles, pero también al corazón económico del país: el turismo.

¿Estos ataques aumentaron la tensión en Túnez?

- Ya, el ambiente se puso tenso desde el primer asesinato político. Con todo lo que pasó el miércoles, muchos tunecinos temen ser alcanzados. Algunos temen vivir el escenario argelino de los años 1990 en que los actos terroristas eran algo cotidiano. Existe un temor general en la población de ver al país caer en la anarquía.

Usted habla de “células dormidas”. ¿De cuales informaciones dispone?

- Podemos aportar algunas informaciones estudiando los retratos de los terroristas de Sousse y Monastir. Estamos frente a una nueva generación que no está fichada por la Inteligencia tunecina. Ellos no forman parte, por ejemplo, de los 6.000 condenados por asuntos terroristas liberados durante la amnistía general de febrero de 2011. Estos individuos son jihadistas muy diferentes, convertidos al salafismo jihadista después de la revolución. Los líderes de estos grupos utilizan esta generación desconocida de la inteligencia policial implantada en las villas de Túnez y en los barrios pobres o modestos.

¿La inestabilidad política, el proceso de diálogo nacional en curso en este momento, favorecen los ataques terroristas?

- Podemos hacer una comparación con otros países. Allí donde encontramos inestabilidad los grupos terroristas están implantados, pienso en Somalia, en Yemen, en Egipto, también en Argelia y en Mali. Los grupos jihadistas prefieren una situación de Estado débil, de inestabilidad política y de seguridad. Ellos pueden crecer sólo en estos medios de inestabilidad. En Túnez, todos los ataques, los atentados o asesinatos pretenden desestabilizar la situación política, destruir el proceso democrático para tener un lugar. Y, por otra parte, estos ataques pueden repetirse por que no tenemos un gobierno fuerte.

Fuente: Le Nouvel Observateur por Céline Lussato 31 de octubre de 2013



Tunisie. Les lieux touristiques, nouvelles cibles des terroristas.

Pour le journaliste Hedi Yahmed, les attentats de Sousse et Monastir sont à classer dans une nouvelle phase de terrorisme dans le pays: l'utilisation de cellules dormantes.

Hedi Yahmed, rédacteur en chef de Hakaekonlin.com et spécialiste des groupes djihadistes tunisiens, revient sur l'attentat-suicide perpétré à Sousse mercredi 30 octobre et celui, déjoué le même jour, à Monastir. Pour lui, ces attaques sont la suite logique de précédentes actions des groupes terroristes dans le pays.

C'est, à une exception, la première fois qu'un attentat est perpétré en Tunisie contre une cible touristique. Comment expliquez-vous cette évolution du terrorisme dans le pays?

- Ce qui s'est passé hier à Sousse et Monastir était, pour nous les observateurs des mouvements djihadistes en Tunisie, assez prévisible, pour ne pas dire prévu. Il y a une progression des scénarios terroristes. On sait que les groupes terroristes ont commencé à agir dans les régions montagneuses à la frontière algérienne. Ensuite il y a eu les assassinats ciblés des leaders politiques comme Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Puis il y a eu l'offensive armée dans la région du mont Chaambi qui a poussé les groupes terroristes à faire réagir les cellules dormantes dans les villes. On peut prendre comme exemple ce qui s'est passé le 18 octobre à Goubellat ou encore à Sidi Ali Ben Aoun. Et maintenant nous sommes dans la phase d'utilisation des cellules dormantes dans les villes et les tentatives d'attentat à Sousse et Monastir sont à classer dans cette catégorie. Ces attaques visent évidemment des civils, mais aussi le cœur économique du pays : le tourisme.

Ces attaques ont-elles accru la tension à Tunis?

- Déjà, l'ambiance était tendue depuis le premier assassinat politique. Avec tout ce qui s'est passé hier [mercredi, NDLR], beaucoup de Tunisiens craignent d'être touchés. Certains craignent de vivre un scénario algérien des années 1990 où les actes terroristes étaient le quotidien de chacun. Il existe une crainte générale dans la population de voir le pays tomber dans l'anarchie.

Vous parlez de "cellules  dormantes". De quelles informations disposez-vous les concernant?

- On peut apporter quelques informations en étudiant les portraits des terroristes de Sousse et Monastir. Nous sommes devant une nouvelle génération qui n'est pas fichée par le Renseignement tunisien. Ils ne font pas partie par exemple des 6.000 condamnés dans des affaires terroristes libérés lors de l'amnistie générale de février 2011. Ces individus sont des djihadistes très différents, convertis au salafisme djihadiste après la révolution. Les leaders de ces groupes utilisent cette génération inconnue des services de police implantée dans les bidonvilles de Tunis et dans les quartiers pauvres ou modestes.

L'instabilité politique, le processus de dialogue national en cours en ce moment, favorisent-ils les attaques terroristes?

- On peut faire une comparaison avec d'autres pays. C'est là où l'on rencontre l'instabilité que les groupes terroristes sont implantés, je pense à la Somalie, au Yemen, à l'Egypte aussi ou à l'Algérie et au Mali. Les groupes djihadistes préfèrent une situation d'Etat faible, d'instabilité politique et sécuritaire. Ils ne peuvent grandir que dans ces milieux d'instabilité. En Tunisie, toutes les attaques, attentats ou assassinats visent à déstabiliser la situation politique, à détruire le processus démocratique pour avoir une place. Et, d'ailleurs, ces attaques peuvent se répéter puisque nous n'avons pas de gouvernement fort.

Le Nouvel Observateur par Céline Lussato31 octobre 2013